Il paraît que c'est l'année Boris Vian...

Publié le par Armande


La Complainte du progrès
                                                                             
Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son coeur
Aujourd'hui c'est plus pareil
Ca change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
Ah... Gudule !... Viens m'embrasser...
Et je te donnerai

Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pell' à gâteaux
Une tourniquette
Pour fair' la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux [...]


L'écume des jours, lu à dix-sept-ans, relu à 41 dans le cadre du Blogoclub...

    Etonnamment, mon jugement sur ce livre est resté le même. Est-ce le signe que je ne vieillis pas ou plus grave que je n'acquière pas le recul et la sagesse inhérents à mon âge "avancé" ?
   La nouvelle présentation est attrayante avec un petit flipbook qui montre deux amoureux qui s'embrassent puis se séparent. J'y vois l'histoire de Colin et Chloé qui ont à peine le temps de s'aimer que la maladie va les séparer. Colin, au début, a tout du dandy inconsistant avant de se frotter au véritable amour et à la souffrance qu'engendre la maladie d'un proche. Le début est plaisant, l'univers où évoluent les personnages est insolite et drôle. La modernité est tournée en dérision ou poussée jusqu'à une sorte de poésie étrange. Chick, l'ami de Colin, fou de "Jean-Sol Partre" m'a rappellé quelques amis de faculté qui vouaient, eux aussi, un culte à un auteur. La charge de l'existencialisme m'a fait beaucoup rire et la conférence donnée par Partre est un grand moment de lecture.
   Et puis, comme lors de ma découverte de ce roman, il y a fort longtemps, une certaine lassitude s'est installée, avant que mon intérêt ne renaisse avec l'irruption de la tragédie sous la forme du nénuphar qui envahit le poumon de Chloé et la tue petit à petit. L'appartement de Colin qui se dégrade au fur et à mesure que le mal progresse chez la jeune femme est une idée que je trouve remarquable.
   Et je ne peux terminer cet article sans évoquer les petites souris qui vivent dans l'appartement, en particulier celle qui restera auprès de Chloé jusqu'à la fin. Ce petit personnage plutôt fait pour le dessin animé ou la comédie prend à la fin du roman une dimension et une densité presque humaine, tant et si bien que l'histoire se termine sur cette petite demoiselle qui tente de se suicider mais de manière peu académique, car chez Boris Vian le rire est toujours présent... comme pour empêcher les larmes de couler.

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