Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens

Publié le par Armande

fabio

 

   Emil Sabau, jeune clandestin roumain, vient de fêter ses treize ans à Turin, la ville où son père et lui ont élu provisoirement domicile. Delia Zanardi, une de ses camarades au collège, a lancé une collecte et la classe lui a offert un sac Jansport. Emil est amoureux de Delia, elle porte des pantalons dont la taille est si basse qu'il passe une bonne partie des cours à se demander comment ils tiennent ! L'Architecte, lui, a choisi comme cadeau des chaussures de sport . C'est lui qui a fourni un toit à Emil quand son père s'est retrouvé coincé en Roumanie où il était reparti pour chercher un faux passeport. La vie n'est pas rose mais entre le collège, son copain Marek, les petites culottes de Delia dont il aperçoit la marque, les séances de jeux vidéo chez l'Architecte, Emil patiente vaille que vaille et guette le retour de son père.

   Quand soudain tout se précipite, l'Architecte veut user de lui comme de tous les beaux objets dont il décore son appartement et Emil se sauve, se lance dans une quête éperdue, celle de son grand-père, artiste itinérant, qui lui écrit tous les mois mais qu'il n'a jamais rencontré.

   Fabio Geda va nous raconter avec verve, avec humour, avec humanité, l'épopée de ce petit homme qui a pris pour modèle Tex, un héros de BD des années 60 : un cow-boy au corps endurci et à l'âme bien trempée. Il ne va pas comme son héros parcourir l'Europe à cheval mais empruntera une vieille camionnette rouillée, un train et même une pénichette. Une des lettres adressées par son grand-père le mène sur la piste de Berlin, celui-ci y jouerait une pièce militant pour la paix dans le monde. Emil part pour l'Allemagne en compagnie de marginaux altermondialistes qui comptent dans leur rang Asia qui cache sa douceur sous des piercing agressifs. A Berlin, déconvenue pour notre adolescent : son grand-père serait à Madrid ! Qu'à cela ne tienne, un photographe français, un maquettiste espagnol à la tête d'une famille nombreuse et pitorresque le guideront jusque là-bas.

   L'auteur nous fait vivre ce voyage au côté du jeune Roumain : les épreuves sont dures, décrites avec réalisme mais Emil est animé par une force de vie extraordinaire, force qu'il puise peut-être dans les lettres de son père et de son grand-père. Il les relit souvent pendant son périple et elles le poussent en avant, l'emplissent de tout l'amour que sa famille, ses hommes, éprouvent pour lui.

Quand se termine le voyage, le lecteur est heureux pour Emil, malheureux aussi que ce road-movie écrit au cordeau, sans un mot de trop, se termine.

                                                                        Un beau roman !

 

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Publié dans littérature italienne

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