Une année étrangère de Brigitte Giraud

Publié le par Armande

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   Brigitte Giraud a écrit un récit qui m'a profondément bouleversée. Il ne s'agit pas simplement d'un énième roman sur une jeune fille au pair qui découvre dans un pays étranger des coutumes locales et apprend à mûrir loin du cocon familial. Laura, dix-sept ans, quitte les siens car elle ne supporte plus la tension permanente qui existe entre ses parents. Son petit frère, Léo vient de mourir d'un accident de mobylette et le père et la mère, plutôt que de s'épauler pour surmonter ce drame, se déchirent pour savoir qui doit assumer la responsabilité de l'achat de la mobylette et par un raccourci insensé, qui a commis la faute qui a conduit au décès de leur petit dernier.
   Laura fuit leurs disputes, fuit son propre chagrin et tente de se reconstruire, en Allemagne, une existence supportable. Elle est accueillie par la famille Bergen et son rôle semble être de s'occuper des enfants, Suzanne, neuf ans et Thomas, quatorze ans. Très rapidement, elle est perturbée par son peu de vocabulaire et son incapacité à communiquer au-delà des banalités d'usage.
"Madame Bergen insiste pour m'offrir les lunettes qui me plaisent. Elle y met tant d'énergie que je n'ose décliner, ce qui risquerait de la vexer. je ne dispose pas des adverbes qui me permettraient de nuancer mon refus, tous ces petits mots qui enrobent la langue et sont comme des béquilles, qui colmatent ici, amortissent là. Savoir parler une langue étrangère, c'est bien cela : être dans le confort de la demi-teinte, dans le doigté de la nuance. Et je suis loin d'être capable de parler, je m'en rends compte avec douleur chaque jour."
Cette thématique de la langue, très présente dans le texte, m'a beaucoup intéressée. Pour enseigner le Français, je m'aperçois au quotidien que de nombreux élèves n'ont pas une bonne maîtrise du langage,  ne dispose que d'un vocabulaire très pauvre et ces manques perturbent la communication. Il est difficile de se faire comprendre de ses camarades et du professeur quand on ne trouve pas les mots et c'est, pour certains, une réelle souffrance.
   Laura voudrait faire peau neuve dans ce nouveau pays, échapper à la mort qui la suit comme une ombre mais tout la ramène à celle-ci . Elle la retrouve à travers ses lectures : La Montagne magique de Thomas Mann (L'histoire se déroule dans un sanatorium où la tuberculose fait chaque jour des victimes) ou Mein Kampf et les théories d'Hitler sur l'extermination systématique de  certaines populations. Elle est confrontée de manière encore plus directe à la mort quand elle comprend que madame Bergen est atteinte d'un cancer du sein et vit ses derniers mois.
   Brigitte Giraud raconte avec force et émotion les tentatives de la jeune fille pour échapper au désespoir, surmonter la douleur de la perte de son petit frère et commencer doucement à revivre...
                     Un roman poignant à l'écriture sobre et précise : une vraie réussite.
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le rat à la page 30/03/2010 10:43


J'en ai effectivement lu de très bonnes critiques 


Armande 30/03/2010 11:24


Il ne reste plus qu'à le lire ...


Hambre 23/03/2010 12:51


C'est un billet intéressant sur un roman qui m'attire !!!


Armande 23/03/2010 18:19


Tu n'as plus qu'à te lancer dans sa lecture...


Flora 21/03/2010 23:31


Pour ma part, j'ai bien aimé "une année étrangère" mais ce ne fut pas un coup de foudre dans la sélection d'avril ... d'ailleurs en surfant sur d'autres sites de lectrices, je m'aperçois qu'il n'a
pas été retenu, "les saisons de la solitude" a retenu l'attention...  


Armande 22/03/2010 09:42


J'ai nettement préféré "les saisons de la solitude" mais le roman de Brigitte Giraud reste aussi une belle découverte.


celsmoon 20/03/2010 15:52


Je suis heureuse de lire ton billet, ce roman m'avait bouleversé.


Armande 21/03/2010 13:12


C'est un de mes préférés du Prix Elle.


Yv 19/03/2010 13:11


Sans être prof de français, il m'arrive de voir des travaux de jeunes et moins jeunes, parfois écrits de manière déprimante, tellement la langue est pauvre et la grammaire déplorable. Certes, tout
le monde ne peut pas être Proust, mais je pense qu'il y a là un réel travail à fournir, par l'éducation nationale, bien sûr et par les parents évidemment.


Armande 19/03/2010 17:08


Il s'agit même d'un enjeu de société : donner les mots à tous pour pouvoir s'insérer !