Le dissident chinois de Nell Freudenberger

Publié le par Armande

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Merci à BOB et aux éditions Quai Voltaire pour cette très jolie découverte. Ce roman mêle des thèmes qui me sont chers comme les relations au sein du couple ou l'interaction entre créations artistiques et contexte historique.
   Le héros, le "dissident chinois" va nous raconter son année passée  à Los Angeles, accueilli par une famille aisée dans le cadre d'une bourse qui favorise les échanges culturels entre la Chine et les Etats-Unis. Notre homme atterrit chez les Travers : belle maison, belle situation, enfants dans une école privée très prisée et seule concession à la fantaisie, un goût immodéré pour les animaux qui transforment leur villa en mini-zoo. Un peu à la manière des Persans de Montesquieu, l'artiste chinois porte un regard incisif sur cette famille, si lisse en apparence, si fragilisée dans les faits. Cecilia, l'épouse, n'aime plus son mari et la réciproque semble vraie. Ils restent ensemble par habitude, par confort, par conformisme. Olivia, leur fille aînée, est obsédée par la minceur et calcule ses calories tandis que Max, le fils, est arrêté en possession d'une arme à feu. Le temps du séjour du peintre étranger, les personnages vont évoluer, les rapports entre eux se modifier jusqu'à la "dispersion" de cette cellule jugée probablement idéale par le voisinage. L'auteur, par petites touches réalistes, nous fait partager le quotidien de Cecilia et nous amène à partager les états d'âme de cette femme dévouée aux autres mais qui voit son univers se déliter lentement.
   Nous suivons aussi le parcours du héros, qui est supposé être un membre éminent de "l'underground" chinois, auteur de performances artistiques qui lui ont valu d'être emprisonné.
Par de nombreux retours en arrière, nous découvrons "l'East Village", un quartier de Pékin où les artistes avant-gardistes avaient élu domicile dans les années 1990. Le cocktail conjugué de jeunesse, de talent (plus ou moins affirmé), de provocation crée dans cette petite communauté une effervescence propice à la création. Les différentes performances, photographiées, sont réunies dans une revue artistique Lu Kou, qui ne connaîtra qu'un numéro car très rapidement , ces jeunes gens vont être arrêtés et le quartier bouclé. Leur comportement apparaît aux autorités comme éminemment déviants et évidemment condamnables. Le leader de cette petite communauté artistique est le cousin du héros et vous devinez qu'il correspond à la description du dissident chinois invité aux Etats-Unis.
   Qui est donc alors le héros de cette histoire ? Qui séjourne chez les Travers ? Est-ce le leader flamboyant de l'East Village ou son obscur cousin ? Serait-ce là une nouvelle "performance" de Yuan Zhao, l'artiste dissident, qui viserait à montrer que pour les Américains, tous les Chinois se ressemblent ? Ou plus simplement Yuan Zhao a-t-il incité son cousin à prendre sa place car celui-ci maîtrise la langue anglaise, ce qui n'est pas son cas.
    Nell Freudenberger mène une réflexion intéressante sur l'art, sur la paternité des oeuvres, sur la notion de copie. Cet aspect du roman m'a plu, de même que la description du petit groupe d'artistes chinois, qui m'a rappelé Picasso et ses amis dans les années 1910 au Bateau-Lavoir, lieu d'expérimention où notre art moderne a peut-être connu ses premiers jours.

  
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Commenter cet article

katell 09/01/2010 18:34


je suis en train de le lire ;-)


Armande 09/01/2010 19:00


Je constate que nous choisissons souvent les mêmes livres chez les éditeurs et que nos opinions sont souvent proches !


Yv 09/01/2010 17:39


J'ai plutôt bien aimé moi aussi avec cependant un bémol : je trouve les personnages états-uniens un peu caricaturaux. Mais ce n'est qu'un détail, gros, certes, mais l'ensemble se lit avec plaisir


Armande 09/01/2010 18:15



Tu penses peut-être aux ados quand tu évoques la caricature. Pour en côtoyer tous les jours, je trouve que l'auteur est (malheureusement) assez prêt de la vérité.



Ankya 09/01/2010 12:11


Je pense qu'il y a eu un souci avec mon envoi car je ne l'ai pas encore reçu :'(


Armande 09/01/2010 18:15


Tu devrais le signaler à BOB...


keisha 09/01/2010 07:36


Bien, bien! j'avais aussi aimé le questionnement sur la propriété d'une oeuvre, ceux qui mettent en scène la performance ou bien le photographe? Le roman y répond vers la fin.


Armande 09/01/2010 18:16


Mais comme moi, tu as surtout aimé le petit singe...