Itinéraire d'une délinquante juvénile d'Eugénia Solda (tome 1)

Publié le par Armande

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    Il y a quelques mois lors d'un partenariat avec BOB, j'avais lu et apprécié le tome 2 de cette oeuvre ambitieuse Un demi-siècle de la vie d'une femme. J'avais exprimé le regret de ne pas avoir démarré par le tome 1 et petit miracle du web, l'auteur me contactait pour évoquer mon article. De fil en aiguille, l'expression est des plus justes : nous convenions d'un troc : un béret tricoté de mes blanches mains contre ce premier livre convoité.

   Eugénia Solda raconte dans celui-ci son enfance et son adolescence dans le Milan des années 50. Son ressenti par rapport à cette époque m'a rappelé cette phrase de René Char à propos d'Arthur Rimbaud :

" Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme !"

   Née dans un milieu bourgeois pétri de conformisme, l'auteur étouffe et se sent prisonnière des robes sages et des noeuds dans les cheveux qu'on lui impose. Elle n'arrive pas à trouver sa place dans ce milieu, où le paraître compte infiniment plus que l'être. Sa soeur, elle, se glisse sans problème dans le moule et renvoie encore plus Eugénia à sa différence.

   Elle n'aura de cesse inconsciemment d'atteindre la cible et de la faire voler en éclats : escapades dans les rues de Milan, petits vols dans les commerces, fugues... Par chacune de ses actions, elle semble vouloir rejoindre "ces ailleurs impossibles" qu'elle évoque dans le tome 2. Ces ailleurs ont le goût de la liberté mais être adolescente dans les années 50, ce n'est pas aimer la liberté, c'est aimer la "cage" parfois dorée du mariage.

   Ses parents finissent par "l'abandonner" aux soins de L'institution du bon pasteur tenue par des religieuses. Cet endroit tient plus de l'univers carcéral que d'un lieu où règnerait la miséricorde du Seigneur. Les pages qui décrivent les années passées dans cette institution sont assez glaçantes. La discipline y est stricte jusqu'à l'absurde et le travail imposé aux pensionnaires ingrat et débilitant. L'auteur n'en sortira que parce son père, poursuivi par les créanciers, doit quitter l'Italie avec femme et enfants. Eugénia quitte Milan pour la France et réintègre un foyer où elle reste le cygne d'une famille de canards.

Un témoignage fort, à l'état brut, où la colère couve sans arrêt contre les faux-semblants et le peu de place laissé à la différence dans nos sociétés tellement policées.

                                               Merci Eugénia pour ce cadeau

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