"Confondue d'amour et d'effroi"

Publié le par Armande

 la femme de l'allemand

  Certains romans nous marquent de façon indélébile, la Femme de l'Allemand de Marie Sizun appartient à cette catégorie. Plus les années passent, plus je suis sensible au style d'un auteur, à sa singularité. Le phrasé de M.Sizun, ces courts paragraphes comme des coups de poing m'ont fait une grande impression.
   La folie est au coeur de ce livre, de même que la relation entre une fille Marion et sa mère Fanny. La narratrice est née d'une liaison, d'une passion pendant la guerre entre Fanny et un jeune soldat allemand. Cette naissance a bouleversé l'équilibre déjà fragile de la jeune femme, en proie à l'opprobre de sa famille et de la société. Elle revendique pourtant cet amour et garde dans son coeur le père de Marion, qu'on dit décédé sur le front de Russie. Ces épreuves ont mis au jour la maladie qui la rongeait déjà depuis l'enfance mais qui n'apparaissait que de loin en loin : elle est maniaco-dépressive et oscille entre l'exaltation la plus extrême et l'abattement le plus complet.
   Marion va être le témoin au jour le jour de cette avancée progressive de la folie qui transforme sa mère en une personne qu'elle ne reconnaît pas , agressive, excentrique et prête à tout pour combattre ce qu'elle abhorre : la bourgeoisie dont elle est issue et ceux qui voudraient la rendre "normale". L'enfant, puis l'adolescente et enfin la jeune femme nous décrit ses années passées avec un être imprévisible, hanté par une "force mauvaise" qui régulièrement la submerge. Dans ces moments où leur quotidien bascule, elle doit faire appel à ses grands-parents maternels ou au médecin de famille tout en ayant le sentiment de trahir celle qui l'a mise au monde car elle sait que celle-ci va être internée et "calmée" de manière parfois brutale.
  C'est cet insupportable calvaire que nous raconte Marie Sizun, cette impossibilité à aimer pleinement quelqu'un  qui a en elle "une chose terrible, (une) chose mystérieuse, abominable, (qui) peut à tout moment se réveiller. Mais c'est peut-être aussi cette présence de l'ombre qui fait d'elle un être magique".
   J'ai lu ce roman, prise dans la même spirale que Marion, "confondue d'amour et d'effroi" devant la Femme de l'Allemand.

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Hambre 23/03/2010 13:05


C'est un livre qui m'avait été conseillé par Sylire et là je viens de l'offrir à ma meilleure amie pour son anniv' !!! je vais me l'acheter aussi, je crois...


Armande 23/03/2010 18:20


C'est un roman terrible et bouleversant !


Yv 14/03/2010 14:55


Beau souvenir de lecture. A la relecture de mon article (du 28/05/2008), je vois que je trouvais l'utilisation du "tu" un peu trop accusatrice. Mais depuis, j'en ai lu d'autres écrits à la
même personne sans ressentir cette gêne.


Armande 14/03/2010 17:55


Je n'ai pris conscience de cette utilisation qu'en lisant les commentaires. Cela restera pour moi aussi un grand souvenir de lecture.


valérie 13/03/2010 17:36


Le thème de la folie me rebute toujours. J'ai aimé mais pas adoré ce roman. La narration a la deuximèe personne ne t'a pas gênée?


Armande 14/03/2010 17:50


La narration ne m'a pas perturbée, le thème de la folie beaucoup plus...


Bénédicte 13/03/2010 16:32


je ne connais pas l'auteur mais à preimère  vue ça a l'air bien


Armande 14/03/2010 17:49


Pour moi aussi, cette lecture fut une découverte...


Aifelle 12/03/2010 10:43


J'ai aussi beaucoup aimé cette lecture, la première que je faisais de Marie Sizun.


Armande 14/03/2010 17:49


Je ne suis pas certaine d'avoir "aimé" cette lecture. Je dirais qu'elle m'a "secouée"...