Atelier d'écriture de Gwen

Publié le par Armande

 Gwen fête aujourd'hui ses 18 ans de mariage, elle nous suggère de plancher sur cet événement :

 

Je vous propose donc ceci : à la manière des personnages de Blandine Le Callet, dans Une pièce montée, mettez-vous dans la peau d’un invité, d’un parent, du maire, du photographe ou même du marié et racontez un moment de ce jour particulier… med-chardon-bleu-des-sables-visoflora-47287.jpg

  

 Je remonte la travée centrale, revêtue de mon armure colorée. Des regards perplexes se posent sur ma robe de mariée d'un rouge éclatant ! Si vous étiez attentifs, vous verriez que le jardin miniature que j'ai brodé sur mon bustier me protège des malheurs à venir.

   Tiens, j'aperçois Madame Pierremont, la boulangère, assise à côté de son mari qui baille sans retenue. Elle le sermonne à voix basse. C'est qu'il faut bien se tenir au mariage de Viviane Le Floc'h. Je me rappelle encore ses paroles saisies à la volée quand je suis rentrée dans son commerce juste après ton départ.

« C'est pas Dieu possible ! Une femme comme elle, si gentille ! La quitter pour une jeunette ! Ah, les hommes ! Rien dans la tête, tout dans la culotte ! »

Moi, gentille ? Non, aimable en société, ce n'est pas la même chose. Et oui, il est parti avec Marie, plus jeune, plus douce, plus docile aussi sans doute. Sur ma robe, j'ai brodé un chardon des sables. Je te préviens, mon futur époux, je ne serai pas d'un caractère facile.

   J'avance encore un peu vers l'autel et je saisis une lueur tendre dans les yeux de ma meilleure amie.Quarante ans qu'on se connaît, de la cour de la maternelle à cette église où je vais m'unir à Nicolas, même promo que nous, un gars du cru. Pour toi, ma fidèle, ce plant de lavande papillon, à la beauté discrète. Faites que les années à venir préservent notre complicité !

Je m'avance seule, pas de père à mon bras pour me mener jusqu'à Nicolas dont la silhouette rassurante me permet de ne pas trembler. Les Le Floc'h sont restés chez eux ! Après des années de concubinage avec un gauchiste intello, leur fille épouse un menuisier. Hors de question qu'ils cautionnent cette aberration ! Eux, je les ai représentés en marge de mon jardin,des lys hautains aux pétales flétris.

   J'entends des rires sur la gauche, ce sont les neveux de Nicolas ! Sa soeur et son beau-frère sont à la tête d'une tribu de six petits monstres : de deux à treize ans ! C'est en pensant à eux que mes doigts ont choisi des fils éclatants et que de joyeux zinnias ont fleuri sur mon corsage. Des enfants, mon chéri, je n'ai plus l'âge de t'en donner mais au milieu du parterre de zinnias, j'ai glissé une petite fleur exotique. Un bébé venu des îles pourrait venir s'acclimater au sol breton si nos démarches d'adoption aboutissent.

   Je suis arrivée à ta hauteur et tu me souris. Toi et moi, nous sommes au centre du jardin, un chêne et un tilleul qui mélangent leur feuillage : Philémon et Baucis.

Publié dans Armande écrit

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Fransoaz 26/02/2011 14:16


J'aime bien ton texte émaillé de fleurs. Bravo.


madame zaza 21/02/2011 22:59


Je pensais justement au "coeur cousu" en lisant ces belles lignes...


Armande 23/02/2011 18:03



C'est un "petit" hommage à un roman que j'ai adoré !



clara 20/02/2011 16:35


Bravo dame Armande ! Ah, j'aime beaucoup!


Armande 20/02/2011 17:32



Merci Clara ! Tu as choisi pour ton texte une multiplicité de points de vue : original et ambitieux ;-)



LorenceMoi je me sens comme une flezur 20/02/2011 13:36


La robe de ta mariée ma rappelle avec délice le coeur cousu de Carole Martinez.


Armande 20/02/2011 17:30



C'est effectivement un clin d'oeil à Carole Martinez. Je suis contente que tu l'aies remarqué !