Atelier d'écriture de Gwen

Publié le par Armande

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Aujourd’hui, en vous inspirant de ce tableau, je vous propose de vous glisser dans les pensées de cette jeune femme…

A quoi pense-t-elle? Hein? Vraiment, on se le demande…

On dirait presque qu’Edward Hopper n’a peint cette scène que pour pousser le spectateur à tenter de répondre à cette difficile question…

Vous êtes libre de traiter le sujet comme vous voulez. Essayez de ne pas dépasser 1000 mots…

 

Merci Gwen pour ce joli sujet...

 

 

 

 

Bouthaïna, la peau douce

 

   Encore une nuit de fête pour les Parisiens, encore une nuit à s'encanailler au Al Jazari ! Le patron peut être content : l'argent coule à flot! C'est à croire qu'ici les sous poussent sur le pavé et qu'il n'y a qu'à se pencher pour les ramasser. J'ai mal à la gorge, la chaleur du café soulage un peu mes cordes vocales fatiguées par une nuit à enchaîner rumba, tango et cha-cha-cha. Nini l'Oranaise les a une nouvelle fois séduits. Qu'il est laid mon nom de scène. Moi, je m'appelle Bouthaïna qui veut dire chez nous la femme à peau douce. Trop typé a dit le patron ! Nini, c'est parisien et on rajoute l'Oranaise pour l'exotisme. Les Français aiment bien l'Algérie mais à petite dose ! Ils se pressent dans les cabarets orientaux mais attention pas de musique de chez nous : ils veulent bien nos rythmes, mais francisés.

 

   Allez, arrête de pleurnicher ! Finis ta tasse et va te coucher. Les oiseaux de nuit ne sont pas très bien vus le jour. Quand je marche dans les rues, je les sens sur moi, leurs regards poisseux ou moqueurs. Mon chapeau jaune, mon manteau vert, mon rouge à lèvres les choquent. Moi, j'aime les couleurs. Tout est tellement triste ici : du blanc, du gris, du noir ! C'est ça le chic. Moi, je veux des couleurs qui claquent, qui vibrent, qui vivent ! Et ma peau nue, elle les attire et les repousse. À la sortie du cabaret, je n'ai pas eu envie de remettre mes bas. Je sais, exposer ses jambes nues, c'est indécent. Peu m'importe, je suis lasse et leur jugement ne me touche plus.

 

   Mon pays me manque: le ciel bleu piqueté de petits nuages crèmeux, la mer qui vous berce et vous câline, la chaleur des après-midi où il fait bon dormir à l'ombre des persiennes juste entrouvertes. Encore quelques années à économiser et je pourrai retourner là-bas ! La famille m'accueillera à bras ouverts. Personne ne me rappellera les circonstances de mon départ, le bébé et la faiseuse d'ange, puisque j'aurai réussi.

 

   Tiens, la porte du café s'ouvre... Les premiers clients commencent à arriver pour le petit noir avant le boulot. Ils me jettent un regard curieux. Bouthaïna, lève-toi et va dormir. Ce soir, tu chantes et il faut que ta voix soit belle! Quand tu chantes, tu es de retour au pays, comme si la musique te transportait par dessus la Méditerranée. Enfile tes gants, referme ton manteau sur ta poitrine que les hommes au bar commencent à guigner et regagne ta chambre. Tu t'endormiras, ma fille, et tes pieds fouleront à nouveau le sable de la plage de Madagh...

Publié dans Armande écrit

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Lorence 13/02/2011 17:00


je ne me lasse pas des jolies balades crées par ton imagination, que du bonheur!


Armande 13/02/2011 17:39



Cet atelier, c'est mon petit bonheur du dimanche, ma bulle d'évasion !



Yv 13/02/2011 16:15


Un peu d'exotisme et de chaleur en ce dimanche gris et frais. Chez moi, les pe,sées sont plus... Prosaïques. Bon dimanche.


Armande 13/02/2011 17:38



Bienvenue au Club !



clara 13/02/2011 10:49


Rapide Dame Armande ! je commence juste à y réfléchir !
J'aime l'ambiance de ton texte et ton personnage !


Armande 13/02/2011 17:38



J'ai constaté que la réflexion t'avait amenée à un joli tour de passe-passe !