Retour d'exil d'une femme recherchée d'Hélène Castel

Publié le par Armande


     Le parcours d'Hélène Castel m'a intéressée mais je ne suis pas parvenue à m'investir pleinement dans cette lecture. La préface de Nancy Huston, déjà, révèle trop la teneur du livre et surtout  délivre une sorte de "prêt-à-penser" qui m'a perturbée . Ecrire d'Hélène Castel qu'"elle parvient à transformer un parcours hautement atypique (dramatique, incroyable, foldingue, violent, etc.) en un parcours... exemplaire" suggère dès le départ que le lecteur ne pourra qu'apprécier cette femme.
   Personnellement, je serai en difficulté, après avoir achevé la lecture de ce témoignage, si je devais porter un jugement sur Hélène Castel. Elle-même prend beaucoup de recul par rapport au braquage commis alors qu'elle avait une vingtaine d'années, par rapport aussi à son exil au Mexique, à son extradition et  à son procès. Elle se prend elle-même comme sujet d'analyse et cette démarche, probablement salvatrice pour elle, décontenance le lecteur. Devenue psychothérapeute au Mexique, elle est habituée à remonter aux sources du mal-être de ses patients et il me semble qu'elle essaie d'agir de la même manière pour elle. Mais peut-on être à la fois le psy et le patient ? Les conclusions auxquelles elle parvient pour tenter d'expliquer sa jeunesse marginale sont-elles justes ? Tous les autres témoignages dressent le portrait d'une "quasi" sainte, jusqu'à faire d'elle une figure désincarnée, l'image presque de la rédemption.
    La critique peut sembler sévère, pourtant de très nombreuses pages m'ont interpelée, en particulier celles où elle évoque les femmes détenues avec elle à Fleury-Mérogis. Elle dresse un constat accablant sur leurs conditions de vie et son analyse est fine et sensible.
"Qu'il s'agisse de femmes formées à la violence depuis leur plus jeune âge-violence sociale, sexuelle, familiale, raciale- et qui la distribuent à la moindre occasion; qu'il s'agisse de "matones" écrasées par une hiérarchie pesante dans un univers clos dont la loi très variable s'applique sans discernement; qu'il s'agisse de jeunes filles qui arrivent, malléables, tentant de compenser leur perte de repères, de soutien, de chaleur par une forteresse à l'abri du mépris, agressives elles-mêmes pour avoir un répit : le risque de confirmer chaque jour davantage qu'il n'est d'autre salut que la domination se voit multiplié par la violence ambiante, la logique carcérale, sa routine ordinaire, pérennisent ce constat, l'assoient, le justifient. On croit sauver sa peau sans même réaliser que l'on resserre l'étau de la coercition. Voulant s'en échapper, on perpétue l'enfer."
Hélène Castel le dit avec beaucoup de justesse, ce qui l'a sauvée, ce sont les mots aussi bien ceux couchés sur le papier dans sa cellule que ceux soigneusement choisis pour son procès. Je trouve formidable qu'elle ait mis ce talent d'écrivain au service de ces femmes en prison qui n'ont pas le langage, le code pour se libérer de leurs tourments et pour entreprendre de se reconstruire autrement que par la violence.

Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle

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zarline 11/11/2009 14:18


Décidement, on est très synchro. J'ai également publié mon billet aujourd'hui et mon ressenti est très similaire au tien. J'ai également été très gênée par la préface de Nancy Huston qui idéalise
trop selon moi Hélène Castel mais le reste du récit est touchant.


Armande 11/11/2009 17:45


Cette préface est vraiment de trop ...