Les pièges du crépuscule de Frank Tallis

Publié le par Armande

  
Je suis une adepte depuis de nombreuses années des "grands détectives" des éditions 10/18. Je ne connaissais toutefois pas Max Liebermann, psychanalyste à Vienne au début du XX ème siècle et "consultant" auprès de la police locale : une sorte de "profiler" de l'époque.
   Ce roman policier mêle avec bonheur érudition et enquête à suspense. Tout débute par un crime particulièrement horrible : un moine piariste, le frère Stanislav, dont l'ordre se voue à l'éducation des enfants d'origine modeste, est retrouvé décapité , près d'une colonne commémorant la peste de 1679. Il semble même que la tête qui git à quelques mètres du corps ait été arrachée au cou par un être d'une force surhumaine. L'inspecteur Oscar Rheinhardt fait appel à son ami, Max Liebermann, pour tenter de comprendre les motivations du meurtrier.
   A cette trame policière, Frank Tallis entremêle adroitement une peinture de la société. Vienne, en 1903, se montre assez inhospitalière pour les personnes de confession juive, certaines lois visant même à leur interdire certains postes dans l'administration. Le jeune psychanaliste se verra inquiété et manquera perdre son poste pour avoir refusé qu'un prêtre donne les derniers sacrements à un patient sous morphine et serein car n'ayant pas conscience de vivre ses derniers instants. Le médecin pense éviter ainsi à son malade de mourir dans la panique et le désespoir et préfère le laisser jusqu'au dernier moment dans l'ignorance de la gravité de son état. Cet événement sera amplifié et déformé par certains proches du maire pour justifier l'antisémitisme qui se développe dans la population. 
   Tout en suivant avec attention les rebondissements de l'enquête, un deuxième puis un troisième cadavre décapités sont découverts près d'autres colonnes de la Peste, le lecteur collecte de très nombreux renseignements sur la religion et la culture juive, sur par exemple la légende du golem . Dans son journal intime, M.Lieberman écrit que "le golem est la personnification d'un désir interdit, celui de déchaîner une violence irraisonnée sur l'ennemi, c'est l'abrogation des valeurs de la civilisation, le triomphe de l'inconscient primitif. Un peuple qui a enduré des persécutions pendant des millénaires doit forcément avoir refoulé l'envie de rendre les coups à ses bourreaux. Un tel réservoir de colère et de ressentiment doit être sans fond".
   Et autre attrait de ce roman que j'ai beaucoup apprécié, le héros est un disciple du docteur Freud et nous assistons à un conférence de ce dernier où il évoque l'étude scientifique des rêves. Frank Tallis nous fait partager le quotidien du jeune Liebermann et nous le voyons traiter avec brio un cas spectaculaire de "couvade".
   J'ai quitté avec regret le duo Rheinhardt / Lieberman mais je compte les retrouver bientôt car "les pièges du crépuscule"  est la quatrième aventure de nos deux hommes. Je vais donc remonter à la source et me procurer le tome 1 : "La justice de l'inconscient".

Livre chroniqué dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle

Publié dans romans policiers

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Michel 25/10/2009 22:29


tu as donc le temps de tes vacances pour trouver les 3 premiers...
profites bien de tes vacances


Karine:) 24/10/2009 23:20


j'ai lu les deux premiers tomes de la série, que j'ai adorés! Je ne savais pas que le 4e tome était sorti... super, j'en ai deux à lire!!


yueyin 24/10/2009 10:47


J'adore les carnets de Max Lieberman que je trouve à la dois complexe et intelligent... en plus j'aime que l'auteur sache faire revivre le cadre et l'époque (Vienne à son apogée !) mais je n'ai pas
encore lu celui-ci, tu me donne bien envie de renouer avec ce cher MAx !


Thaïs 22/10/2009 21:30


je ne connais pas du tout mais je note car il semble intéressant !


Lilibook 22/10/2009 19:35


Oui je connais la série, j'ai lu le 1er.