Les Vivants et les Ombres de Diane Meur

Publié le par Armande

 
  " Objets inanimés, avez-vous une âme ?"
Oui, répond Diane Meur qui donne la parole à une maison de maître, un peu perdue dans la campagne galicienne. Celle-ci nous raconte les événements, petits ou grands,qui surviennent aux générations successives qui s'abritent sous son toit.
" Lorsque j'additionne tout ce que m'apprennent mes multiples sensibilités de bêtes, d'hommes, de fauteuils et de tasses, que je prête simultanément l'oreille à tout ce qui s'est jamais fait, dit, pensé en moi, alors c'est comme une immense symphonie, je me sens pleine à craquer, il me semble tout comprendre, et le comprendre avec une profondeur, une richesse de vue inégalées."
   Bien que faite de pierres, cette belle demeure n'est pas insensible et montre autant de partialité qu'un être humain dans le compte-rendu qu'elle dresse des comportements de ses habitants. Elle n'aimera guère Jozef Zemka, jeune Polonais qui se présentera à sa porte en 1820. Il vient pour succéder à son oncle à la place d'intendant et saura séduire la fille des propriétaires allemands, la si fragile Clara von Kotz, pour accéder au rôle pour lequel il se sent taillé : celui de maître des lieux.
 La maison nous décrira par le menu sa fulgurante ascension, sa capacité à passer du rôle de seigneur qui règne sur ses terres et sur ses serfs, à celui de capitaine d'industrie qui fait construire la première fabrique et reconnaît quelques droits à ses ouvriers. Elle nous parlera aussi de sa brutalité envers sa femme et ses filles, de son attachement à une Pologne indépendante. Il soutiendra financièrement son frère aîné Adam qui luttera toute sa vie pour que ce rêve devienne réalité. La maison, elle, ne comprend pas tous ces affrontements pour savoir à qui appartient le sol sur lequel elle est bâtie .
"J'ai toujours trouvé un peu risible l'importance que la plupart des humains attachent à ces choses. Selon que la terre est à eux ou à d'autres, ils ont une façon toute différente de la regarder et même de s'y mouvoir. Et pourtant, dans les faits, à qui est-elle vraiment ? Si on me le demandait, je dirais : au vent, qui brasse bien plus d'arpents que n'en possédèrent jamais les Radziwill ou les Zamoyski, courbe les blés en longues ondes dans la plaine, renverse des arbres, prélève sa dîme d'ardoises. Qui, de tout homme, fait un manant obligé de se découvrir sur son passage, de toute femme une serve dont il dénude les jambes et fouit les cheveux à son caprice"
La maison connaîtra pourtant son apogée avec ce maître qu'elle n'apprécie guère et déclinera tout aussi sûrement que lui. Seulement, elle n'attendra pas de subir toutes les avanies que nous inflige le temps qui passe, elle se fera minuscule et partira en voyage. Une maison, me direz-vous, qui s'extirpe de ses fondations et prend la route... Comment serait-ce possible ? Il vous faudra lire ce très beau roman de Diane Meur pour le savoir.
L'auteur concilie avec bonheur fresque historique et histoire romanesque : un récit-fleuve qui subjugue son lecteur jusqu'à la dernière page. 

Publié dans romans d'exception

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Theoma 01/05/2009 13:53

il est dans ma LAL, à vous lire il faut qu'il passe à l'étape supérieure...

Armande 01/05/2009 18:50


Oh oui !


katell 21/04/2009 20:54

Je l'ai lu l'an dernier ;-) Un vrai coup de coeur!

Armande 22/04/2009 09:50


Je sais : j'ai retrouvé ton article !


katell 21/04/2009 18:25

Un splendide roman, un pur bonheur à lire!!!

Armande 21/04/2009 18:53


Tu as aussi été conquise ! Ton article sur ce roman m'a-t-il échappé ?


KATTYLOU 21/04/2009 12:11

Je le note j'ai hésité à le prendre à ma dernière visite chez virgin

Armande 21/04/2009 12:56


C'est mon plus gros coup de coeur du moment !


sylire 20/04/2009 21:24

Je n'ai pas eu le courage d'attaquer ce livre, qui me parait fort copieux. J'ai sans doute eu tort !

Armande 21/04/2009 08:08


Il n'a de copieux que l'aspect... C'est vraiment une lecture prenante, qui n'a rien d'un pensum.