Whisky et Paraboles de Roxanne Bouchard

Publié le par Armande

         Deuxième lecture dans le cadre du "Blog o trésors"

Ce livre offert par Jules m'a d'emblée déconcertée : il est vrai que je souffre d'un double handicap: je ne suis pas québecoise et les grandes envolées lyrico-poétiques me font peu d'effet. Roxanne Bouchard utilise beaucoup d'idiomes compréhensibles , à mon avis, uniquement par les natifs et se lance souvent dans des tirades parfois absconses sur le sens de la vie.
N'étant pas d'un tempérament à me décourager facilement, je me suis accrochée ... et bien m'en a pris car peu à peu les personnages gagnent en épaisseur et en humanité et incitent le lecteur à les accompagner un bout de chemin.
L'héroïne Elie est en fuite au début du roman, elle fuit sa propre histoire et s'arrête dans un coin perdu, où elle va se terrer comme un animal dans sa tanière, pour y lécher ses plaies afin de les cicatricer. Ses voisins immédiats sont une jeune mère célibataire et sa petite fille Agnès et un chanteur Richard, qui stocke dans son chalet toutes les lettres de ses admiratrices, sans  les avoir ouvertes. A leur manière, Agnès (rebaptisée Amorosa), Richard ainsi que Manu, un pianiste amérindien, Francois, le frère de l'héroïne vont lui redonner le goût de vivre et la force de redémarrer "un nouveau chapitre" de son existence.
Le personnage auquel je me suis le plus attachée, c'est Richard qui transforme sa maison en un temple à son entière dévotion : les murs sont tapissés des lettres de ses admiratrices mais il n'en ouvre aucune, par peur de devoir ainsi répondre et s'investir dans une relation suivie avec une femme. Etre aimé, oui, mais à distance de manière à éviter toute désillusion et tout chagrin... jusqu'au jour où de petites enveloppes vertes font battre son coeur et lui donnent envie de mieux connaître l'expéditrice de ces courriers.

" J'ai à peine glissé un pied dans sa maison que ça m'a sauté aux yeux. Les lettres de ses admiratrices se sont reproduites. Elles foisonnent, envahissant les pièces de moitié. ça nous observe, vivant. L'air brûlant se sature d'humidité. Une tourbière épistolaire."


"J'ai rencontré une fille dans ma dernière tournée.
- Et ?
- Et elle m'a donné ça."
Il a sorti de sa poche un petit papier plié et fichonné.
Vert.
" Vert ?
-Ouais..."
Il l'a ouvert et me l'a tendu. Deux mots : "Chlorophylle-moi."
J'ai viré le papier dans tous les sens.
" C'est tout ?
- Ben. Ouais. Mais peut-être qu'elle m'a écrit autre chose. Une lettre.
- Une lettre verte...
- Ben, ouais...
- T'as failli assassiner une innocente postière en tweed parce qu'une petite fleur inconnue qui cherche sa chlorophylle t'a peut-être écrit une lettre verte que t'auras même pas le courage d'ouvrir?"

 Au final, j'ai beaucoup traîné les pieds au début de cette lecture pour ensuite accélérer le rythme et dévorer les cinquante dernières pages avec un réel plaisir.

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anjelica 07/02/2009 19:51

C'est donc une leçon pour moi qui ne me force jamais si les 1ères pages ne me plaisent pas ...

Armande 08/02/2009 17:20


C'est surtout une question de tempérament. Moi, je suis plutôt dopée par la difficulté !


silvi 07/02/2009 17:26

un ouvrage intéressant à découvrir.
le roman Fascination est très sympath à lire - j'en parle chez moi
amicalement

Armande 07/02/2009 19:08


Un roman du même auteur ?


Jules 07/02/2009 04:19

C'est vrai que c'est un livre assez québécois! Il y a certaines références à nos Amérindiens, etc. Pas évident pour quelqu'un de l'extérieur, mais dans le genre, c'est un bon livre de chez nous. Maintenant, je te suggère La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy. C'est écrit en français international, ne t'inquiète pas! :)

Armande 07/02/2009 09:23


Je note "la petite fille qui aimait trop les allumettes" sur mon carnet.