Amis des chiens, passez votre chemin...

Publié le par Armande

J'avais remarqué chez Ys ce roman qui me semblait à la fois drôle et surtout original, je n'ai pas été déçue par" Un chien dans la soupe" de Stephen Dobyns.
L'histoire démarre lorsque Michael Lachtmer, gentil informaticien originaire de Rochester, est muté à New-York et rencontre dans un club de gym une divine créature blonde qui l'invite à dîner. Jusque là, me direz-vous, cela pourrait s'apparenter à de la "chick litt"... Je dois préciser que la belle Sarah a une main artificielle, l'autre ayant été happée par un ordinateur fou de sa plastique, qu'elle vit avec une maman dont la principale passion est Jasper, un grand chien rouge qui voit un grand intérêt à explorer intimement l'entre-jambe du malheureux Michael.
La soirée s'annonce torride pour notre héros lorsque Moman et Chienchien seront couchés... Pas de bol, Jasper meurt d'une indigestion d'anchois et notre homme est chargé d'enterrer le toutou adoré dans un petit coin verdoyant (mission difficile à New-York) avant de pouvoir rejoindre la couche de la tentante Sarah. la lecture , à ce stade, est plaisante et l'on s'attend à une suite de rebondissements cocasses. Plus l'on s'avance dans le roman, plus la construction de celui-ci, en sus de la dimension comique, apparaît comme subtile et aboutie. Notre "Candide" va vivre une nuit mouvementée aux côtés d'un chauffeur de taxi haïtien, qui n'aura de cesse de vouloir se faire de l'argent avec la dépouille de Jasper. La philosophie de Jean-Claude est simple : on peut trouver preneur pour tout à New-York, même pour les morts.


"Des fois, dit Jean-Claude, je pense à tous ces morts qui sont enterrés dans ce pays et je me dis que c'est vraiment du gaspillage. Prenez ces grands cimetières dans le Queens. Tous ces corps allongés côte à côte, des encore frais, des pourris, des tas d'os. Pensez à tous ces vêtements, aux bagues, aux dents en or.(...) Chez nous, quand un pauvre meurt, on envoie souvent son corps aux Etats-Unis. Les cadavres haïtiens sont très bon marché, et les écoles de médecine américaines en achètent beaucoup. Le moyen le plus simple pour un Haïtien de venir en Amérique, c'est de mourir pauvre."

Jean-Claude va mener Michael d'endroit glauque en endroit glauque pour essayer de vendre le chien : du laboratoire d'un scientifique "fou", à l'atelier de tanneurs juifs sans scrupule en passant par un restaurant asiatique et un lupanar dont le maître des lieux organise des ventes aux enchères très spéciales.
 Dans chaque lieu se déroulent les événements les plus dingues et Michael rencontre des spécimens humains bien peu ragoûtants.
Chaque lieu correspond à un des cercles des Enfers de Dante et oblige peu à peu le jeune homme à se dépouiller de ses idées reçues, de son conformisme. Lui, qui prétend fuir toute discussion philosophique, il le répète sans cesse, est contraint de réfléchir sur ce qu'il est et, d'affronter son passé.
Sous l'aventure loufdingue apparaît une trame beaucoup plus subtile, un récit qui opère des retours en arrière réguliers sur l'enterrement du grand-père de Michael, qui est peut-être l'événement fondateur de la personnalité du héros. Il lui faudra, guidé par Jean-Claude ,explorer l'envers du décor, les bas-fonds de la ville pour comprendre et accepter de vivre avec la part noire qui existe en lui, comme en chaque individu.

" S'il ne s'efforçait pas de comprendre le pourquoi de ses actes, il était condamné à répéter les mêmes erreurs, comme d'emmener Jasper d'un endroit à l'autre sans être capable de s'en décharger. Ce n'était qu'en avouant piteusement : "oui, ainsi est ma vie", qu'il pourrait progresser."

Au final, cette lecture m'a apporté bien plus que je ne pensais et me donne envie de continuer ma découverte de cet auteur.

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Yv 13/02/2009 16:37

Bonjour, j'ai lu moi aussi ce livre sur l'avis d'Ys. J'ai bien aimé cette réflexion d'un homme, sous couvert de beaucoup d'humour et de détachement de sa part. Finalement une nuit épouvantable peut être propice à l'introspection

Armande 13/02/2009 18:08



Ce roman est un peu comme une poupée russe :1. une intrigue délirante 2. une analyse acerbe de la société américaine 3.un personnage en quête de lui-même. J'adore ces romans où la
construction de l'histoire est complexe et oblige le lecteur à réfléchir.



Karine :) 10/01/2009 19:13

Wow, ça semble vraiment génial! Je veux ça!!

Armande 10/01/2009 20:54


Ce n'est pas compliqué à se procurer, c'est en vente libre et en plus, c'est en poche !


keisha 10/01/2009 06:31

J'avais vu ce livre chez Ys ; vos deux articles se complètent et sont bien fouillés!

Armande 10/01/2009 11:27


Je vis avec le blog d'Ys une aventure épouvantable, pratiquement tous les livres qu'elle chronique me plaisent ! Je ne sais plus où donner de la tête ni où trouver le temps nécessaire pour tous les
lire. Dois-je envisager une cure de désintoxication dans un centre pour LCA repentis ?


Ys 09/01/2009 23:17

Ah que je suis contente ! C'est vrai que ce livre va au-delà du premier aspect comique et que le personnage de Michael prend de l'épaisseur et donc, de l'intérêt. PS: j'ai aussi fait bonne pioche avec "God save la France" : 1 partout !

Armande 10/01/2009 11:28


J'adore ces livres où la fiction, mine de rien, amène le lecteur à une réflexion profonde.