Chicago May de Nuala O'Faolain

Publié le par Armande

   Autant le dire tout de suite, le personnage de Chicago May, jeune irlandaise qui s'expatria en Amérique en 1890 et devint tour à tour (quand elle ne pratiquait pas toutes les activités en même temps), voleuse, prostituée, danseuse, braqueuse et pendant un court laps de temps épouse d'un fils de famille atteint de maladie mentale, ne m'a pas tellement émue.      
   En revanche, les descriptions que l'auteur peut faire des prostituées sont aussi poignantes que révoltantes. Le lecteur oscille entre la nausée et la colère : nausée quand il constate la dégradation des corps et des esprits,  colère quand il remarque avec amertume l'indifférence de la bonne société de l'époque face à ce phénomène.
   Plus que Chicago May, c'est Nuala O'Faolain que j'ai cherchée tout au long du livre. Ses réflexions au début du roman sur l'attirance du biographe pour son sujet et la difficulté de rester sur le fil entre la reconstitution fidèle d'une existence (par essence impossible) et l'inévitable implication du biographe qui va imprimer , même sans le vouloir, son jugement sur les agissements de la personne qu'il veut faire revivre, m'ont beaucoup intéressée. Ce livre, en fait, m'a donné envie de découvrir l'auteur à travers d'autres de ses romans.

"J'étais troublée de commencer à m'intéresser autant à May avant d'avoir la moindre information de première main à son sujet, puisque je n'avais pas encore lu son livre. Déjà, quelque chose en moi essayait de m'enrôler. Quelque chose qui tenait plus de l'impulsion que de la raison m'incitait à prendre sa défense, à rouvrir le dossier la concernant, à faire réexaminer son cas. la plupart des êtres humains n'avaient jamais fait l'objet d'une étude détaillée. Mais si l'on ne pouvait plus rien pour eux, il se trouvait que May, elle, avait vécu à une époque où un large public savait lire et écrire - un public qui voulait éprouver un frisson par procuration, grâce au crime comme les publics l'ont toujours fait.(...)
Si je devais refaire le récit de sa vie, j'aurais plusieurs avantages naturels. J'étais irlandaise, comme elle. J'étais une femme, et une femme qui, comme elle, n'avait jamais été mère. Que nous ayons toutes deux écrit nos autobiographies était sans nul doute dû à cela - au fait que nous n'avions pas accompli le travail de mère, ou que nous ne nous étions aucunement appliquées à ce que l'Eglise catholique de son enfance et de la mienne considère comme "les devoirs de notre passage dans cette vie".
   Et nous avons toutes les deux vu l'Amérique comme un lieu de métamorphose. Elle s'y rendit quand elle était jeune; j'y étais allée en visite de temps en temps dans l'espoir d'opérer un changement sur moi-même et, maintenant, il se trouvait que j'y avais de forts liens. Les biographes orthodoxes ne parlent jamais des raisons personnelles qui les poussent à s'embarquer dans tel ou tel travail. Ils se présentent comme de purs esprits. Mais moi, j'attachais de l'importance au fait que May avait passé une grande partie de sa vie aux Etats-Unis, que son livre se trouvait dans une bibliothèque de New-york et j'avais fait de nombreux sauts à Brooklyn ces dernières années pour séjourner auprès d'un ami et de sa fillette. Maintes et maintes fois j'avais failli m'engager vis-à-vis d'eux, avant de reculer et de revenir en Irlande. Si je suivais May, je serais là où je devais être - là où se trouvait la question sans réponse de ma vie".

Commenter cet article

Brize 26/11/2008 10:28

J'ai lu directement "Best Love Rosie" et les remarques que j'ai faites à son sujet, lorsque j'ai rendu le livre à la bibliothèque, ont amené la bibliothécaire à me dire que cela aurait été mieux que je lise "Chimères" avant, pour mieux apprécier le parcours personnel de l'auteur.
Pour ce qui est de "L'histoire de Chicago May", je comrpends tout à fait qu'elle ne t'ait pas tellement émue (je n'ai pas lu ce roman, qui ne m'attire pas) et je pense qu'un roman plus proche de son auteur, qui a su t'intéresser, te plaira effectivement davantage.

Armande 26/11/2008 20:06


Ce roman fait partie de ma LAPN. (réutilisation immédiate de ma science toute récente!)


Florinette 11/11/2008 16:31

J’aime beaucoup cet auteur, mais j'ai du retard à rattraper, car je n'ai pas encore celui-là. Je te conseille "Chimères" qui est mon préféré !

Armande 11/11/2008 18:15


C'était mon premier livre de Nuala O'Faolain mais je sens qu'il va être le premier d'une longue série. Je vais essayer d'emprunter "Chimères" à la médiathèque. Merci du conseil !